Analyse

La reprise ? Note sur la conjoncture en 2009 et 2010 (1)

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Le 04/02/10 - Lu 351 fois | 3 commentaires
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Déficits budgétaires et stimuli budgétaires pour certains pays
Le FMI vient de publier sa dernière version du World Economic Outlook de janvier 2010 (WEO). C’est une occasion de passer en revue quelques évènements économiques de l’année passée (I) et de recenser les signes économiques qui pourraient avoir un sens pour l’année à venir (II).
La récession en France n’a été «que» de -2.3% en 2009
Ce qui est considéré par les politiques français comme une réussite, contre -2.5% pour les US, -4.8% pour la Grande Bretagne, l’Italie & l’Allemagne. Cela ne vient pas d’une politique économique exceptionnelle mais les facteurs que l’on peut invoquer sont les suivants : a)la France a un secteur public considérable et donc l’effet stabilisateur automatique a dû jouer un rôle plus important dans une situation de crise. La France a, contre toute attente, un système bancaire plus solide que le système anglo-saxon ce qui lui a permis de ne pas aggraver la crise par un effondrement du système bancaire; b)les US et la GB ont un secteur financier plus important que la France et un secteur financier qui était trop exposé à des risques inconsidérés donc a entrainé un effet récessioniste sur la sphère réelle plus important que celui de la France ; c)l’Allemagne est plus tournée vers les exportations que la France, elle a sans doute plus subi les effets de la réduction de la demande mondiale et a souffert relativement plus de la surévaluation de l’euro.

L’écart entre pays pauvres et riches continue à diminuer.
La croissance semble redémarrer mais est inégalement répartie suivant les régions. La «croissance» mondiale s’élevait à -0.8% en 2009 et est projetée par le FMI à +3.9% en 2010. Le moteur de la croissance en 2010 sera, d’après les projections du FMI, les pays du tiers monde: la Chine bien sûr (+10%), l’Inde (+7.7%), les pays de l’ASEAN (+4.7%), le Moyen Orient (+4.5%), le Brésil (+4.7%), l’Afrique! (+4.3%, y compris Afrique sub saharienne), la Russie (+3.6%). L’écart entre pays pauvres et pays riches continue à diminuer (si les pays à bas revenu ont une croissance supérieure à celle des pays «riches», on suppose, qu’arithmétiquement, l’écart de revenu (y compris le revenu per capita) diminue, (ce n’est pas parce que ça ne se voit pas à court terme que ça n’a pas lieu). La nouvelle de la croissance en Afrique (et cela depuis plusieurs années) est une bonne nouvelle pas assez connue (d’ailleurs en 2009, au plus fort de la crise, la croissance de l’Afrique a été de +1.9%). Les pays développés connaitront, toujours d’après le FMI, une croissance de 2% en 2010 (les US (+2.7%). Et la vieille Europe? (+1%), la France, l’Allemagne, le RU et l’Italie, (environ +1.4%), (Note: tous ces taux sont des taux de croissance annuel du PIB exprimés en prix constant, source: IMF/WEO, jan. 2010).

Les politiques monétaires et budgétaires ont été très expansionnistes.
La politique monétaire a été expansionniste avec des taux d’intérêt proches de zéro et une création monétaires extraordinaire de la part des banques centrales des pays développés (appelé ‘quantitative easing’ (QE) qui a consisté à acheter des titres publics (ce n’est rien d’autre que de la monétisation des déficits budgétaires) pour réduire les taux longs. Les BC ont aussi acheté des titres, d’une qualité parfois douteuse , aux banques privées pour réduire l’accroissement des marges ‘credit spreads in the paper market’. La croissance de la monnaie banque centrale a été extraordinaire à la fin juin 2009, le bilan de la BC des US a plus que doublé, celui de la Banque d’Angleterre a triplé, et celui de la BCE a augmenté de 50% (cf. C. Cottarelli & J. Vinals, «Looking Ahead» in IMF, F&D Sept. 2009). Dans les pays anglo-saxons où les banques ont vacillé le soutien de l’Etat a été crucial.

Les leaders européens ont eu raison d’éviter de s’empoisonner avec des mesures expéditives d’inspiration keynésienne
La relance par le déficit budgétaire est prônée par les keynésiens (la majorité des économistes, le Directeur du FMI, etc.), qu’en est-il dans la réalité? Le stimulus budgétaire a été en fait plus discret que ce qui est claironné. Les pays qui ont fait réellement une politique de déficit supplémentaire exogène (stimulus) en réponse à la crise sont essentiellement les US (1.6% du PIB en moyenne annuelle de 2008 à 2010) (le FMI, pour donner l’impression d’un stimulus plus élevé, additionne les stimuli sur les trois années ce qui donne 4.9% de 2008 à 2010). La croissance annuelle moyenne est de 0.2% sur ces trois années (ce qui signifierait un multiplicateur de 0.1 (loin d’un multiplicateur de 1 annoncé par M. Strauss Khan, évidemment l’estimation du multiplicateur est compliquée par le fait que les effets sur la croissance (ou la décroissance) sont complexes et diffus.

Le stimulus pour l’Allemagne a aussi été important (1.2% du PIB en moyenne annuelle sur trois ans (2008-10). Pour quel résultat? -0.7% de croissance réelle moyenne annuelle sur la même période, le multiplicateur semble être plutôt négatif? Autre pays qui a fait un effort considérable en matière budgétaire (et qui pouvait le faire parce qu’il a un espace budgétaire) c’est la Chine, son stimulus annuel moyen sur la période est de 1.5% du PIB, ici il y a croissance économique (9.4% en moyenne sur la même période, la croissance n’est pas limitée au stimulus budgétaire, elle est due à d’autres facteurs internes).

Et les autres pays? Les autres pays ont pratiqué un stimulus plus discret dans les faits, le stimulus budgétaire de la France est estimé par le FMI à 0.5% en moyenne annuelle sur trois ans, même chiffre pour le RU. Alors vous direz, mais d’ou viennent les déficits extraordinaires de ces pays durant ces trois années? Et bien ce sont les conséquences des fameux stabilisateurs économiques et des déficits budgétaires que ces pays traînent d’année en année et qui ne sont pas liés à des stimuli exogènes. Le stabilisateur automatique est le déficit qui se creuse automatiquement en cas de récession. Les impôts diminuent naturellement du fait de la chute du produit national et les dépenses de transferts (allocation chômage) augmentent automatiquement, ce stabilisateur est automatique car il ne fait pas appel, contrairement au stimulus, à une politique ad hoc. Par ex. en France, le déficit budgétaire annuel moyen (2008-10) sera de 5.8% du PIB dont 0.5% de stimulus budgétaire et 5.4% de déficit dû au jeu du stabilisateur économique et au déficit traditionnel de l’Etat qui n’est pas lié à une impulsion exogène. Il est évident que ces stabilisateurs automatiques ne doivent pas être contrariés car ils jouent un rôle utile contracyclique en période de récession et ne dépendent pas d’une action politique volontariste.

Rogoff, Prof. à Havard, ancien Chef Economiste du FMI, félicite l’Europe de ne pas être tombée sous la pression constante des US et du Directeur du FMI pour faire une politique de relance keynésienne (cf. Les Echos, «L’Europe a besoin de réformes, pas d’une relance keynésienne» 13/07/09). L’approche moins agressive de l’Europe que celle des US (en terme budgétaire et monétaire) va, d’après l’auteur, être payante à long terme, surtout, si comme cela est possible les taux d’intérêt augmentent. «Les leaders européens ont eu raison d’éviter de s’empoisonner avec des mesures expéditives d’inspiration keynésienne», car elles ne répondent pas aux problèmes auxquels est confrontée l’Europe (qui sont de nature micro économiques). De toute façon étant donné le niveau des dettes publiques atteintes par tous les pays développés, toute politique de relance supplémentaire par le budget conduirait au défaut de paiement assuré (c’est donc un signe d’irresponsabilité de prôner une telle politique).

Ce qui est frappant dans ce tableau, c’est qu’en fait les stimuli budgétaires sont relativement faibles comparés au déficit dû au stabilisateur économique et au déficit traditionnel de certains pays. En conséquence chercher à estimer par des méthodes économétriques l’effet multiplicateur dû au stimulus semble un exercice en futilité.

Les prix des matières premières augmentent
Ils ont augmenté de nouveau depuis le début de l’année 2009.
La hausse du prix des matières premières dès le début 2009 est le signal de la reconstitution des stocks dès février 2009 et de l’optimisme des pays asiatiques. Le FMI prévoit une hausse modérée en 2010, étant donné qu’il existe encore des stocks et des capacités oisives. La projection du FMI pour le prix du pétrole est de 76$/bll en 2010 (contre 62$ en 2009).

L’indicateur à suivre est le prix des actifs
Malgré la hausse sans précédent de la masse monétaire (en fait de la base monétaire, car M2 n’a pas augmenté proportionnellement, ce qui signifie un effondrement du multiplicateur de crédit dans les pays développés), les pressions inflationnistes restent faibles d’après le FMI. Cela est dû aux anticipations inflationistes faibles (‘well-anchored inflation expectations’). Dans les pays développés, l’inflation passerait de 0% en 2009 à 1.3% en 2010. Dans les PVD, l’inflation passerait de 5% (en 2009) à 6% (en 2010). Le produit national brut effectif continuera à être inférieur au produit potentiel (output gap), autrement dit, le niveau de chômage dans nos pays limite très fortement les revendications sur les salaires, donc les pressions inflationnistes; en outre dans une économie mondialisée où la concurrence du tiers monde est forte, les syndicats ne sont pas en mesure de pousser les salaires (du moins dans les secteurs des biens concurrentiels).

En fait les indicateurs à suivre seront les prix des actifs dans les pays développés et émergents, ceux ci sont déjà inquiétants. D’après le Président de la BM, R. Zoellick (FT, 25.10.09), les bulles sur les actifs peuvent signaler une fragilité alors que le monde récupère. Les ‘new born keynesians’ ont enterré un peu vite Friedman, la création monétaire aux US, en Europe et en Chine (qui suit la politique monétaire des US) doit aller quelque part, si elle ne se traduit pas en inflation (hausse des prix de consommation), elle se traduira par une hausse des prix des actifs. Ces bulles financières se trouvent déjà en Asie. On note une forte croissance du prix des actions et des prix des biens immobiliers en Asie. La hausse de la liquidité n’est pas étrangère à la hausse des prix des matières premières.

Les taux d’intérêt à court et à long terme sont particulièrement faibles à l’heure actuelle «grâce» aux politiques de création monétaire extraordinaire des banques centrales des pays riches, cela ne devrait pas durer éternellement même les US se rendront compte un jour que le QE a des effets pervers sur la création de bulles spéculatives qui pourraient amener à une autre crise financière puisqu’on se rend compte que les banques n’ont rien appris et recommencent à jouer au casino comme avant.

Un des phénomènes dont on parle peu mais qui peut être lourd de conséquence est le ‘dollar carry trade’ ; c’est pour Zhu Min, le Gouverneur adjoint de la BC de Chine, son souci majeur. Il l’estime à $1 500 milliards, les banques empruntent à bas taux à la Fed pour reprêter dans les marchés émergents, ce qui nourrit la masse monétaire et la création de bulles dans ces pays. Quand la Fed va commencer à arrêter d’acheter des actifs à tour de bras (‘exit strategy’), il y aura des mouvements erratiques sur les marchés, facteur d’instabilité.

R. Zoellick nous rappelle à juste titre que les bulles sur les actifs sont plus insidieuses que l’inflation, parce qu’elles donnent une impression euphorisante (c’est bien ce qui s’est passé de 2000 à 2007). La hausse des valeurs des actifs (de la bourse, de l’immobilier) entraîne l’économie réelle (au début) et rien ne peut l’arrêter (comment demander à un banquier central d’accroître les taux d’intérêt, alors qu’il n’y a pas d’inflation apparente et que la croissance est là (c’est bien ce qui s’est passé avec Greenspan qui n’a pas su (comme nous tous) voir les prolégomènes d’une crise majeure à travers les bulles sur les actifs). On connaît la suite.

Jean-Pierre Dumas
Consultant en économie
 
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Roland
Roland a commenté le 04 février 2010 :

Utiliser les comptabilités nationales pour essayer de comprendre les différences de performance économique des principaux pays est du plus grand intérêt. Je prévois de m’y employer bientôt.

Les analyses partout présentées fondées sur les données fournies par les organismes statistiques officiels sont a priori des plus douteuses. Car la méthodologie appliquée (SCN 68) produit dans les comptes des doubles emplois importants, incontestables, et d’ampleur très différente d’un pays à l’autre. Pour la France de 2008, 46% du PIB (produit intérieur réel surfait de 85%) n’a aucune réalité économique, car constitué de doubles emplois. Ces derniers comprennent la formation de capital fixe non amputée de la consommation (amortissement) de l’année ; ils comprennent surtout, et de loin la part la plus importante, les dépenses publiques de fonctionnement augmentée des impôts sur les produits sous déduction des subventions sur les produits.

Ces dépenses publiques étant de niveau très différent d’un pays à l’autre, comme pouvant aussi l’être de manière relativement importante d’une période à l’autre pour un même pays, les comparaisons ne reflètent les réalités qu’à condition d’éliminer ces erreurs, ce que je fais pour les données fournies par l’INSEE. Par exemple, Nicolas Sarkozy a officiellement dit fin 2007 que, en proportion du PIB, les dépenses publiques en France dépassaient 150 milliards (15% du PIB) celles de l’Allemagne.

J’ai expliqué ces erreur dans mon article du 21/09/2009, « PIB, un objet comptable non identifié (suite) ».

Si cela vous intéressait, je vous fournirais la preuve mathématique (un feuille 21*29,7 de calcul Excel commentée) des ces erreurs extraite de ma publication « Calcul du PIB : trois vices de construction rédhibitoires » (Fournissez moi votre adresse mail dans ma messagerie).
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jpd007
jpd007 a commenté le 05 février 2010 :

Merci Roland de prendre la peine de commenter ce modeste papier.

J'avoue ne pas très bien comprendre le problème du double emploi dans les stat. de la CN. J'avais appris (jusqu'à aujourd'hui) que le PIB était un concept qui reposait sur la Valeur ajoutée (VA) qui par définition éliminait les doubles emplois. L'amortissement du capital n'est pas, à ma connaissance un double emploi, pas plus en CN qu'en comptabilité privée, c'est l'argent nécessaire pour reconstituer le capital. On peut très bien avoir un PIB (avec amortissement) ou un PIN (sans amortissement). Les deux concepts sont parfaitement scientifiques.

Les dépenses publiques de consommation font partie intégrante du PIB (sous l'optique de la demande finale), je ne vois pas ce qui est anormal d'inclure dans les dépenses de consommation la TVA?

Bien sûr je vais vous envoyer mon adresse pour que je commence à y voir clair, ceci étant dit si vous réfutez toutes les statistiques (harmonisées) de l'OCDE, du FMI et de l'INSEE, il va falloir que vous nous fournissiez les "vraies" statistiques, parce que nous ne pouvons plus travailler.

Moi qui pensais qu'on pouvez s'entendre au moins sur les chiffres de la CN passés...
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Roland
Roland a commenté le 05 février 2010 :

@ jpd007

Merci de prêter attention à mon commentaire.

Je comprends très bien votre perplexité. Lorsque, il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à comprendre qu’il y avait erreurs de double emploi, je me suis dit que je devais me tromper, qu’il n’était pas possible que toute la collection des statisticiens du monde entier ayant produit le système harmonisé se soient fourvoyés ainsi. J’ai abattu un travail de Romain pour me vérifier et démontrer ces erreurs, elles sont irréfutables pour autant qu’on admette que 1+1 égale 2 et non pas 3.

Depuis, j’ai constaté que certains statisticiens en discutent, mais en petit comité, entre eux, sans mettre leurs doutes sur la place publique. Sauf André Vanoli, dans « Une histoire de la comptabilité nationale », La découverte, 2002, où il pose la question en page 317 « Y a-t-il double compte ? ». Il ne tranche pas la question, et semble répondre qu’il n’y a pas double compte. Je lui ai expliqué succinctement pourquoi il y avait doubles comptes tant pour la prise en compte de la production de capital fixe sans déduire la consommation de capital fixe, pour la prise en compte des biens et services aux prix de marchés, impôts indirects compris dans ces prix, et pour la prise en compte d’une production de services non marchands pour leur coût de production (dépenses de fonctionnement des administrations publiques). Il a rompu la discussion, prétextant avoir autre chose à faire !

Si vous fouillez dans le site de l’OCDE, vous trouverez un « Working paper » de François Lequiller discutant la question, mais seulement celle des impôts indirects.

Pour y voir clair, prenez connaissance de mes deux articles ici sur ce « Les Cercles », « PIB : un objet comptable non identifié ».

Les vraies statistiques, je les ai construites en corrigeant celles fournies par l’INSEE. Voyez ici aussi mon article récent « Le modèle social français devenu machine infernale (1949 -2008) ». Vous verrez ce que donne la lecture de ces comptes rectifiés qui est bien différente de celle qui nous est présentée.

Et faites vous même un test, comme je l’ai fait moi-même à titre de contrôle : Ces compte disent que les prélèvements obligatoires s’élèvent à 42,8% du PIB en 2008. Calculez à partir du bulletin de paie d’un salarié rémunéré à hauteur du salaire moyen des Français son brut + charges patronales (ce qui est porté au PIB), déduisez toutes les cotisations sociales et fiscales menant au net payer, déduisez encore l’impôt sur le revenu, la taxe d’habitation, l’impôt foncier ainsi que les impôts indirects compris dans ses achats (en moyenne, 18% en 2008), et vous approcherez la vérité, plus de 6o% (il y a encore d’autres prélèvements obligatoires).

J’attends votre adresse mail pour vous documenter plus précisément.
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