Analyse

Production d'énergies vertes et croissance économique ?

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Le 18/01/10 - Lu 569 fois | 1 commentaire
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Le Grenelle de l’environnement incite à la production d’énergie renouvelables dans le but d’atteindre les objectifs que la France s’est fixé en matière de réduction des émissions de CO2. Une partie du grand emprunt doit y être consacrée. On ne reviendra pas sur la nécessité de produire des énergies propres qui ne devrait plus faire débat (la conférence de Copenhague sur le climat s'est conclue sur un accord non contraignant, mais qui reconnaît pour la première fois la nécessité, d’un point de vue scientifique, de contenir l’évolution de la température de la planète en dessous de 2 °C). Mais on se posera ici la question de l’impact sur l’économie française des choix de politiques économiques visant à soutenir cette production. Faut-il inciter à produire des énergies renouvelables ou à produire les biens d’équipements permettant la production de ces énergies ?
Dans le secteur de l’énergie, les choix de politiques industrielles de la France ont très largement favorisé la filière nucléaire depuis de nombreuses années. En parallèle, la France accuse un retard certain dans le domaine des énergies renouvelables, que ce soit dans la production à proprement dite mais aussi et surtout dans l’innovation et le développement de technologies permettant de les produire. Si la France rattrape partiellement son retard en matière de production d’énergies renouvelables, il n’en est rien dans le domaine des équipements permettant de produire ces énergies.

Alors que la production d’énergies renouvelables en France augmente fortement, les biens d’équipements dans ce secteur doivent être importés. La balance commerciale du secteur affiche ainsi un déficit d’environ 400 millions d’euros en 2008. Les filières du solaire photovoltaïque et des pompes à chaleur sont les principaux contributeurs à ce déficit (source Les éco-activités et l’emploi environnemental en 2008 : premiers résultats, Commissariat Général au Développement Durable, Chiffres et Statistiques N°91 décembre 2009). Le secteur de l’éolien est dominé par des entreprises danoises, allemandes et espagnoles qui subissent une forte concurrence chinoise. Le domaine du solaire est largement dominé par les entreprises allemandes, là encore menacées par les entreprises chinoises. Dans ces secteurs la bataille fait rage pour le leadership et la France ne fait pas partie des compétiteurs.

Certains secteurs restent néanmoins ouverts, c’est le cas du secteur des technologies marines. La France dispose d’un avantage géographique indéniable pour s’engager dans cette bataille, avec la deuxième façade maritime au monde. On se souviendra que la France était pionnière en la matière avec l’exploitation depuis 1967 de la plus grande usine marémotrice au monde sur la Rance. Pourtant aujourd’hui on constate que les plus en pointe dans ce domaine sont les britanniques. Ils ont ouvert un centre d’essai européen où toutes les grandes entreprises viennent tester leurs technologies European Marine Energy Centre). Selon Alain Clément, directeur du Laboratoire de mécanique des fluides à l’École Centrale de Nantes : « actuellement, de par le monde, il y a quatre-vingts projets d’EMR : une trentaine en Grande-Bretagne, moins de vingt aux États-Unis et à peine cinq en France ». Cette filière présente pourtant des opportunités aussi bien pour le marché intérieur que pour les exportations. Les défis technologiques à relever dans ce domaine sont nombreux et le savoir faire des entreprises françaises en matière d’ingénierie navale militaire pourrait constituer un avantage technologique. Si les entreprises françaises n’investissent pas ce créneau, on verra comme pour l’énergie solaire ou éolienne, les entreprises étrangères fournir les besoins français. L’économie française ne tirera alors aucun avantage an terme de croissance de l’investissement dans les énergies renouvelables.

Les 500 millions d’euros dépensés par l’Etat en 2009 (en hausse de 400% sur an) pour la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables ont donc pour l’essentiel profité à des entreprises étrangères. La balance commerciale de la France ne s'en est pas trouvée améliorée ! Il faut donc certes stimuler la production de ces énergies pour atteindre les objectifs du Grenelle de l’Environnement. Pour autant, il ne faudrait pas faire l’impasse sur une vision globale de l’économie. Il s'avère nécessaire de soutenir le développement des entreprises françaises capables de fournir le marché français à minima et le marché mondial dans l’idéal. Le cercle ne sera vertueux que si des entreprises françaises développent des innovations et produisent des biens d’équipements permettant de produire des énergies vertes.

Agissons sur la demande sans oublier l’offre !
 
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ThomasPerrin
ThomasPerrin a commenté le 18 janvier 2010 :

Agissons sur la demande sans oublier l'offre !

D’accord mais pour cela il faut en avoir les moyens. Hors, la France n'est pas un pays à la pointe du combat en matière d'industrie des biens d'équipement (à l'exception de quelques sous-secteurs) et son avantage comparatif dans ces domaines n'a jamais été probant.

Les États-Unis ont très longtemps eu des positions dominantes issues de prises de marché lors de la première moitié du XXème siècle mais celles-ci s'érodent.
L'Allemagne a pour elle une tradition de robustesse, de fiabilité et de qualité de ses produits qui lui ont toujours permis d'occuper le « haut de gamme ».
Le Japon a relevé la déroute de 45 en partie grâce à des conglomérats qui était capables de produire aussi bien du bien d’équipement que des produits de grandes consommation.
La Corée du Sud a su investir le créneau et sa récente victoire du marché de l'EPR à Abou Dhabi n'est pas qu'une question de prix bradé comme on le lis ici ou là. C'est aussi le résultat d'une culture et d'investissements massifs et répétés dans la durée.

Ces quelques exemples montrent combien l'investissement et l'ingénierie industrielle doivent prendre le relais de la culture d'innovation technique pour laquelle la France à toujours des idées... Ce sera donc long, lent et dur d'agir sur l'offre de biens d'équipement en production d'énergie verte...
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