Dans le secteur de l’énergie, les choix de politiques industrielles de la France ont très largement favorisé la filière nucléaire depuis de nombreuses années. En parallèle, la France accuse un retard certain dans le domaine des énergies renouvelables, que ce soit dans la production à proprement dite mais aussi et surtout dans l’innovation et le développement de technologies permettant de les produire. Si la France rattrape partiellement son retard en matière de production d’énergies renouvelables, il n’en est rien dans le domaine des équipements permettant de produire ces énergies.
Alors que la production d’énergies renouvelables en France augmente fortement, les biens d’équipements dans ce secteur doivent être importés. La balance commerciale du secteur affiche ainsi un déficit d’environ 400 millions d’euros en 2008. Les filières du solaire photovoltaïque et des pompes à chaleur sont les principaux contributeurs à ce déficit (source
Les éco-activités et l’emploi environnemental en 2008 : premiers résultats, Commissariat Général au Développement Durable, Chiffres et Statistiques N°91 décembre 2009). Le secteur de l’éolien est dominé par des entreprises danoises, allemandes et espagnoles qui subissent une forte concurrence chinoise. Le domaine du solaire est largement dominé par les entreprises allemandes, là encore menacées par les entreprises chinoises. Dans ces secteurs la bataille fait rage pour le leadership et la France ne fait pas partie des compétiteurs.
Certains secteurs restent néanmoins ouverts, c’est le cas du secteur des technologies marines. La France dispose d’un avantage géographique indéniable pour s’engager dans cette bataille, avec la deuxième façade maritime au monde. On se souviendra que la France était pionnière en la matière avec l’exploitation depuis 1967 de la plus grande usine marémotrice au monde sur la Rance. Pourtant aujourd’hui on constate que les plus en pointe dans ce domaine sont les britanniques. Ils ont ouvert un centre d’essai européen où toutes les grandes entreprises viennent tester leurs technologies
European Marine Energy Centre). Selon Alain Clément, directeur du Laboratoire de mécanique des fluides à l’École Centrale de Nantes : « actuellement, de par le monde, il y a quatre-vingts projets d’EMR : une trentaine en Grande-Bretagne, moins de vingt aux États-Unis et à peine cinq en France ». Cette filière présente pourtant des opportunités aussi bien pour le marché intérieur que pour les exportations. Les défis technologiques à relever dans ce domaine sont nombreux et le savoir faire des entreprises françaises en matière d’ingénierie navale militaire pourrait constituer un avantage technologique. Si les entreprises françaises n’investissent pas ce créneau, on verra comme pour l’énergie solaire ou éolienne, les entreprises étrangères fournir les besoins français. L’économie française ne tirera alors aucun avantage an terme de croissance de l’investissement dans les énergies renouvelables.
Les 500 millions d’euros dépensés par l’Etat en 2009 (en hausse de 400% sur an) pour la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables ont donc pour l’essentiel profité à des entreprises étrangères. La balance commerciale de la France ne s'en est pas trouvée améliorée ! Il faut donc certes stimuler la production de ces énergies pour atteindre les objectifs du Grenelle de l’Environnement. Pour autant, il ne faudrait pas faire l’impasse sur une vision globale de l’économie. Il s'avère nécessaire de soutenir le développement des entreprises françaises capables de fournir le marché français à minima et le marché mondial dans l’idéal. Le cercle ne sera vertueux que si des entreprises françaises développent des innovations et produisent des biens d’équipements permettant de produire des énergies vertes.
Agissons sur la demande sans oublier l’offre !