Analyse

L’identité nationale vue des régions

5 (2 notes)   |  Notez
Notez cette contribution : 
Le 30/11/09 - Lu 391 fois | 2 commentaires
Cliquez sur l'image pour l'afficher en taille réelle
Provinces françaises en 1789.
Crédit : Dadavidov/Flickr
Comment l'identité nationale est-elle vécue dans les régions françaises ?
La superposition du débat sur l’identité nationale et du calendrier des élections régionales a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Si on laisse de côté l’aspect polémique de la situation, il peut être intéressant de se demander comment l’identité nationale est vécue dans les régions françaises. Rappelons tout de même que, depuis la Révolution française, la communauté nationale s’est aussi construite contre les particularismes culturels et linguistiques régionaux. La tension entre l’universel et le particulier, entre la nation et ses provinces, entre la langue française et les langues régionales est au cœur de la construction de l’identité nationale en France comme nous le rappelle, avec brio, Mona Ozouf dans Composition française.

Une récente enquête sur la citoyenneté, menée pour la Fondation européenne pour la science dans quinze régions européennes, dont trois régions françaises, permet d’analyser la relation contemporaine entre identité nationale et identité régionale. Ainsi, à la question « Dans quelle mesure êtes-vous fiers d’être français, alsacien ou breton ? », 40% des Alsaciens et 51 % des Bretons se disent d’être très fiers de leur identité régionale alors qu’ils sont seulement 31 et 32% de ces même Bretons et Alsaciens à se dire très fiers d’être français. De la même manière, les Alsaciens et Bretons interrogés se disent au moins autant attachés à leur région qu’à la France. Plus intéressant encore, à la question « Si vous aviez à choisir, laquelle des propositions suivantes décrirait le mieux votre sentiment d’appartenance ? », 42% des Alsaciens, 50% des Bretons disent se sentir autant Français qu’Alsacien ou que Breton. 18% et 23% des personnes interrogées, quant à elles, se sentent plus Alsacien et Breton que Français contre 35% des Alsaciens et 25% des Bretons qui se sentent davantage Français.

Que retenir de ces chiffres saisissants. Premier enseignement, ils mettent en évidence la force des identités territoriales dans certaines régions françaises qui sont souvent plébiscitées que l’identité française. Ce n’est donc pas un hasard si ce sont aussi dans ces régions que l’on retrouve une forte demande pour davantage de décentralisation. 47% des Alsaciens et 56%s des Bretons veulent que les Régions aient davantage de pouvoir.

Second enseignement, ces chiffrent soulignent le caractère très ouvert des identités régionales qui ne sont en aucun cas exclusives. Seules 1% et 1.5% des personnes interrogées en Alsace et en Bretagne se sentent exclusivement Alsacien et Breton. De la même manière, les personnes interrogées en Alsace et en Bretagne, mais aussi en Ile de France, accordent très majoritairement à l’Etat un rôle primordial dans la réduction des disparités économiques sur le territoire. L’Etat reste aux yeux des personnes interrogées l’instrument permettant d’assurer une forme d’équité territoriale au sein de l’hexagone.

Troisième enseignement, cette enquête met en évidence la relativité des identifications. Pour une écrasante majorité de personnes interrogées, on se sent à la fois Alsacien/Breton, Français et Européen. Ce sont bien les lieux et les circonstances qui fabriquent et font évoluer les représentations identitaires des individus. L’identité nationale est vécue comme une identité à géométrie variable. Dans les territoires de France, l’identité française vient se sédimenter sur un déjà là culturel et historique. L’identité nationale est un emboîtement d’identités multiples.

Romain Pasquier
CNRS/Sciences-Po Rennes
 
Signalez un abus
Note : 5 (2 notes) | 
Notez cette contribution : 
 

Envoyez cette page à vos amis 

Destinataires

Séparez les adresses e-mail
par des virgules
Votre message


Votre nom


Votre e-mail


Ecrivez un commentaire Commentaires 

Colombo1
Colombo1 a commenté le 30 novembre 2009 :

Cette enquête est effectivement très intéressante mais je n'en tire pas les mêmes conclusions que vous.
1. Le processus d'intégration des régions s'est fait au forceps. Heureusement, même si l'on peut se féliciter de ses résultats, on ne saurait aujourd'hui louer les moyens utilisés. Au contraire, une des questions implicitement posée dans celle de l'identité nationale – qui n'est pas selon moi équivalente à l'identité française (cf. mon article sur le sujet: "A la recherche de l'identité française") - est celle de la tolérance inverse vis à vis d'autres ordres communautaires ou jusqu'à quel point peut-on laisser se développer des forces centrifuges.
2. L'identité française est intimement constituée de ses identités régionales. Pas de France sans ses traditions régionales ou une France purement symbolique: la liberté, un peu moins que dans les pays anglo-saxons et surtout les Pays-Bas, l'égalité un peu moins que dans les pays scandinaves, la fraternité, un peu moins que dans des pays à tradition communautaire, la laïcité, ouf...là on est probablement les premiers.
D'autre part, la "pacification des valeurs régionales" les a rendues parfaitement compatibles avec les valeurs nationales, éventuellement à quelques exceptions près, mais sans qu'il y ait de clivages aussi forts qu'entre ces dernières et certaines valeurs d'origine extra-européenne. Ce qui explique d'ailleurs l'absence d'exclusivité des identités régionales par rapport à l'identité nationale dans les réponses au sondage, alors que celui du Pew research center, que je cite en relation avec mon article, révèle des oppositions entre l'identité nationale et l'identité islamique par exemple.
L'identité européenne est pour sa part une identité ascendante par défaut. Etre Français, c'est justement endosser un héritage européen qui a nourri la France et inversement, encore que justement, il y ait beaucoup de controverses sur cette question dans la mesure où une partie des Français éprouvent une forme de conflit entre les deux.
3. Au contraire des attachements régionaux, les processus identitaires des immigrés extra-européens ne sont reliés à aucun territoire, alors que des pratiques historiques régionales IDENTIFIEES (sans pour autant convoquer Bourdieu) prospèrent sur des territoires avec une sorte d'inertie positive qui témoigne de leur ancrage. Elles ne peuvent s'exporter que jusqu'à un certain point. On peut dire que les processus identitaires des immigrés extra-européens se rattachent justement à un tout autre courant, qui est celui des diasporas, soit une tradition historique à l'opposé des phénomènes identitaires régionaux et même beaucoup plus proches de ceux des colons, sachant que cette dernière comparaison n'a pas pour intention de désigner une menace.
4. La notion d'identités multiples est une réponse assez fallacieuse à la question de l'identité nationale.
4.1. D'abord car elle laisse entendre une assimilation de l'identité nationale à une manifestation exclusive de la volonté, qui est source de bien des confusions. Il ne suffit pas de déclarer sa volonté pour "être", surtout vis à vis d'un sentiment collectif aux frontières floues dans lequel entrent à la fois les témoignages de l'Histoire et la perception de ceux dont la légitimité ne peut être contestée. Parmi eux, certains ne peuvent prétendre représenter la collectivité car ils ne répondent pas à ses critères d'élection (politiciens, intellectuels etc...) mais leur identité française ne peut leur être niée parce qu'ils la portent sans l'avoir choisie, en particulier les Français sans aucune origine étrangère, qu'ils aient ou non de l'érudition. Pour les immigrés, cela suppose justement un effort particulier car ils ne bénéficient pas de cet avantage naturel.
4.2. La notion d'identités multiples ne donne aucune indication sur la hiérarchie des identités. Dans le monde contemporain, chacun peut éprouver une forte affinité avec une communauté quelconque, dont il ne rencontrera éventuellement jamais les membres, mais reposant sur des échanges par voie électronique. Rapporter l'identité nationale au nomadisme des identités interchangeables et "jouables" dans l'anonymat (pseudos, avatars...), c'est lui ôter route consistance. C'est un peu admettre que dans une économie mondialisée, elle n'a aucune importance.
Signalez un abus Répondez
PaulGaspais
PaulGaspais a commenté le 04 janvier 2010 :

Qu'est-ce-qu'une Identité nationale ? Qu'est-ce-qu'une identité régionale ? Qu'est-ce-qu'une identité ethnique ?

Le président de la République, à propos de l'identité nationale, s'adresse aux ‘compatriotes musulmans’.
Cf. Le Monde du 9 décembre
L'identité et la Nation sont assimilées, aujourd'hui la relance du CV anonyme et le débat sur l'identité nationale arrivent avant les prochaines régionales initié par Eric Besson.
Le métissage, assimilation réussie, ‘ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire’.

L'identité française ne se mesure pas à l'aune de mandat(s) présidentiel(s) mais de l'Histoire.
Depuis la fin du 19e siècle les immigrations se succèdent, polonaise, italienne, belge, espagnole et portugaise après la seconde guerre mondiale puis les immigrations maghrébine et africaine.

La vision identité nationale-immigration-intégration a conduit huit historiens et chercheurs qui participaient depuis 2003 au projet de Jacques Toubon de ‘la Cité nationale de l’histoire et de l'immigration’ à la démission.
‘La Cité nationale de l’histoire et de l'immigration’ avait suivi la présidentielle de 2002, volonté de comprendre l'apport des étrangers dans notre société.

Gérard Noiriel montre que les discours de la présidentielle sur la menace étrangère trouvent leur inspiration dans le discours nationaliste en opposant Français issus des immigrations passées et nouveaux immigrés.
‘A quoi sert l’identité Nationale’, G. Noiriel

‘Mais on est en train d'entrer dans un système social et politique nouveau, qui correspond à une dérive vers la droite du système, dont certains traits rappellent la montée au pouvoir de l'extrême droite en Europe.’
Emmanuel Todd
http://www.lepost.fr/article/2009/12/27/1859025_emmanuel-todd-l-homme-qui-explique-pourquoi-sarkozy-peut-etre-battu-en-2012.html#xtor=AL-282


Une logique égalitaire est en contradiction avec ce discours inscrit dans une politique de préférence ethnique, non-reconnaissance, discrimination qui crée de la désidentification.
‘Liberté, Egalité, Discriminations’, Patrick Weil

La volonté de ‘vivre ensemble’, la nation unie d'hommes mus par la conduite d'un projet qui ne se cantonne pas aux hommes nés ici, ni à leur appartenance à la même communauté héréditaire, familiale, culturelle.

http://www.philo.umontreal.ca/prof/documents/ShowLetter1.pdf

L'idée d'appartenance à une nation provoque la conversion qui amène la fidélité, elle s'oppose au communautarisme, vivre dans une communauté, c'est ‘vivre séparés’.
La volonté du vivre ensemble opposée au communautarisme.


Notre identité pourrait-elle se réduire à la définition du mot ‘francité’ ?

L'identité française ne se réduit pas à l'identité nationale ou à la question, qu'est-ce qu'être Français ?

Est-il besoin pour définir notre identité d'opposer immigration et identité nationale ?
Le brassage des cultures constitue notre modèle culturel et trouve son illustration avec le dernier prix Goncourt donné à Marie NDiaye.

Un parallèle peut être fait avec l'hymne national qui avait fait son apparition avant les dernières municipales, l'accompagnement éducatif dans nos banlieues ayant trouvé son expression avec ‘Espoir Banlieues’ qui avait pourtant défini l’emploi, le désenclavement et l’éducation comme ‘Priorité nationale’.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/08/25/01011-20090825FILWWW00504-espoir-banlieue-demarrage-difficile.php

La nation dont la dimension sociale est remise en cause par la globalisation financière qui de proche en proche menace le salariat.
‘À la différence des sociétés nationales, la société-monde ne bénéficie pas d’un Etat, d’institutions démocratiques, de normes sociales et de mécanismes de régulation, de processus d’intégration et de socialisation’
‘L’échelle du monde’, Philippe Zarifian


Quel rapport entretient l'identité avec la nation ?

Dans son sens politique, la nation est un état souverain constitué d'une population qui a acquis une conscience nationale et qui se voit comme une nation.

‘Identité’ fait florès depuis une vingtaine d'années, a-t-elle vocation à rencontrer l'autre ?

Le rapprochement des termes identité nationale – immigration trouve son origine en France avec le Club de l'Horloge.
Depuis les années 80, l'identité sociale des personnes est peu évoquée dans les médias au profit de l'identité nationale qui concentre notre attention sur nos origines aux dépends des réalités économiques et sociales.
La compétition économique s'est substitué à la confiance, la mise en concurrence en débordant l'économie s'est imposée à l'état et à l'individu.
La société civile, la solidarité et la protection ont cédé la place aux enjeux économiques, la compétition s'est infiltrée dans la vie sociale, l'autre est perçu comme un concurrent, la politique sécuritaire prend le risque de le désigner comme celui qui n'aime pas notre pays.

‘ La politique de l’immigration c’est l’identité de la France dans 30 ans : ceux qui nous rejoignent doivent la respecter tout en apportant ce qu’ils sont’
Entretien au Journal du Dimanche, Nicolas Sarkozy

En France mais aussi en Europe avec une population musulmane de 10 – 15%, la question d'une identité française est légitime, la question valant pour une identité européenne.

Débattre de ce que signifie être français n’a rien de scandaleux. Mais débattre de ‘l’identité nationale’ à l’initiative du gouvernement, est-ce la même chose ? Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH

Le débat sur l'identité nationale initié par Eric Besson avec le rôle principal dévolu aux préfets dans notre République embarrasse les hommes politiques.

http://www.lesechos.fr/info/france/020276192270-regionales-les-candidats-ump-evitent-de-parler-d-identite-nationale.htm

Identité simple, fils de, né à, homogénéité qui passe par l'exclusion puis par la réduction des libertés publiques.

Après la laïcité ouverte aux autres idéologies, ‘les racines chrétiennes de l'Europe’, le statut public des religions avec la charte des droits fondamentaux dans la constitution européenne, la mondialisation, les répercussions des conflits du Proche Orient, la reconnaissance de communautés ethniques ou religieuses, point la remise en cause de l'intérêt général.

Le terme d'appartenance serait plus juste, appartenance à cette famille et pas une autre, appartenance à une religion, à l'Europe, à une région...


La liberté appelle l'hétérogénéité, constitution d'états européens en fédération.
Chacun est différent, liberté vestimentaire, la contradiction vient de Français de plus en plus différents confrontés aux débats de société, port du voile à l'école puis dans la rue, liberté de pratiquer une religion, débat sur les minarets.

Choix de la liberté avec plus de différences contre la réduction des libertés qui s'accompagne de concentration, de centralisation, plus d'autorité, d'exclusions, d'expulsions.

Jean-Michel Delacomptée évoque la princesse de Clèves remise à l'honneur par Nicolas Sarkozy qui a rétablit la littérature dans le champ politique, ‘AFFINITES ELECTIVES’ sur France Culture.

La déperdition de la langue française dont Jean-Michel Delacomptée exprime la crainte qu'elle ne disparaisse me semble venir d'un désintérêt général.
Ajoutons au Globish l'appauvrissement du Français avec le déclin des Humanités, la réforme de l'orthographe, l'érosion des cours consacrés à l'histoire et au français...

http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2008/12/11/les-francais-insouciants-meurtriers-de-leur-langue_1129502_3232.html

‘J'appelle Français ceux qui ne veulent pas que la France meure’, André Malraux.
Signalez un abus Répondez
 

Ecrire un commentaire

Vous devez être connecté pour écrire un commentaire.
L'identifiant et le mot de passe
ne correspondent pas.
 

Publiez !

Partagez vos expertises
Echangez vos points de vue
L'identifiant et le mot de passe
ne correspondent pas.
Identifiez-vous Inscrivez-vous Bénéficiez d'un média reconnu, d'invitations aux événements et de communautés d'experts

Mode d'emploi
 
Sur
L'OCDE juge la portée des réformes en France limitée
- Dans son rapport "Objectif croissance",l'organisation s'inquiète notamment de rigidités persistantes sur le marché du travail. -

Le froid risque de coûter cher aux ménages les plus modestes
Au sortir d'un hiver particulièrement rude, leur facture énergétique pourrait gonfler sérieusement. Une situation qui inquiète les associations de consommateurs.