Les outils et usages Web 2, un gisement d'opportunités
L'auto-entrepreunariat s'inscrit dans la logique de ce que j'ai nommé la
"longue traîne des talents isolés". Il rend visible et officiel (déjà face aux administrations), les myriades d'initiatives qui, via Internet et les usages dits Web 2 notamment, peuvent en dehors des "tunnels" et structures traditionnelles:
- créer, s'exprimer, auto-produire, vendre, en décidant à priori des fins et des moyens.
Les auto-entrepreneurs qui produisent des biens dématérialisés dits "non rivaux" (quand j'échange ou vends un bien non rival, immatériel, je le possède encore tandis qu'il peut se multiplier sur la toile pour les autres...).
Pris isolément, l'auto entrepreneuriat résulte d'initiatives individuelles et éparses, à l'image de ce qui se passe tous les jours sur le Net (usages et culture de l'auto-production, de l'auto-création, de la re-mixabilité, de la collaboration, du partage...).
Lorsque ces initiatives commencent à s'agréger en communautés "collaborantes", elles positionnent ces nouveaux entrants comme concurrents potentiels des acteurs en place, que nous connaissons tous et dans de nombreux domaines (Enseignement, Edition, Presse, Audio-visuel...).
Des travailleurs "à façon"
L'auto-entrepreunariat est aussi une prémisse de l'entreprise de demain, une entité éclatée, qui ne sera plus une unité de lieux, de temps, de collaborateurs, mais un projet, à durée déterminé mobilisant le temps dudit projet: des ressources, des potentiels humains, travaillant "à façon" et à la demande.
Il est clair que dans ce cadre, l'auto-entrepreneur de demain sera plus disponible, plus mobile, moins cher, plus mondialisé même, que le salarié au sens traditionnel du terme, qui demeure malgré tout enserré dans des contraintes de lieu, de temps, de procédures, de prise de décision... L'auto-entreprenariat nous donne un avant goût du travailleur de demain.
Maintenant à l'heure d'Internet du
"anywhere, anything, anytime et anybody" (ou presque), raisonner en terme hexagonal, alors que nous sommes dans une "économie-monde" une "planète numérique" en voie de dé-stratification, de dé-territorialisation, est une forme de protectionnisme suranné (les instances nationales et internationales réglementaires, normatives héritées du 20e siècle, ainsi que ceux qui les gérent, sont elles mêmes dépassées; de nouvelles formes de gouvernances seront à inventer).
Naturellement tout les auto-entrepreneurs ne sont pas exclusivement destinés à passer par la Toile pour développer leurs activités, mais compte tenu des opportunités et
de la puissance du canal et des réseaux, pour atteindre des marchés et des cibles réseau, il sera sans doute privilégié.
L'auto-entreprenariat est-il un salariat déguisé?
Avant l'auto-entrepreneuriat, on ne reprochait pas à quiconque de créer son entité.
Je ne pense pas que le sujet se pose en ces termes, l'auto-entrepreneur veut innover, avancer, se prendre en main (il n'est certes pas le seul) avec les moyens qui lui sont accessibles, avec les facilités administratives et l'espace d'opportunités qu'offre Internet notamment.
Le salariat est un reliquat de l'ère industrielle qui reste dominant mais cohabite déjà avec des cohortes de systèmes de rémunération et de modes de travail alternatifs.
Qui à dit que nous devions tous inéluctablement rentrer dans le salariat? Il est vrai qu'un salarié est plus contrôlable (encore la société uniformisante du control & command) qu'un individu électron libre, l'initiative, la liberté d'entreprendre sous toutes formes serait-elle devenue suspecte?
La facilité de gestion administrative de l'auto-entrepreneuriat (dont on peut toujours discuter les défauts, c'est le sens qui nous intéresse ici) permet aussi à nombre d'entre nous, en recherche, en transition ou en fin de carrière (personnes au foyers, seniors, demandeurs d'emplois de longues durées...) de se relancer, de retrouver sens à leur vie à leurs passions, orientées vers un projet constructif et créateur de richesses économiques, réels, voire virtuelles (sur les réseaux) pour certains, mais aussi humaines (réseaux, liens sociaux, communautés...).
La concurrence des auto-entrepreneurs est-elle déloyale?
Ce type d'argument à la limite du puéril, relève de l'angoisse, de l'impréparation, de la dénonciation récurrente, dés qu'une innovation, une manière alternative de "faire" apparaît; c'est assez classique et avec le temps (compréhension / appropriation / adoption) cela devient la norme.
Il faut être cosmonaute (je n'ai rien contre les cosmonautes), ignorant, aveugle ou borné pour ne pas voir que cela est inéluctable.
A chaque acteur traditionnel (petit et grand) plutôt que de dénoncer cette concurrence qui en est une, de se remettre en cause, de revoir son modèle économique et de s'adapter au monde qui vient sous peine de décliner.
Le recul en arrière est impossible, le statut quo est une régression.
On peut aussi s'interroger sur ce qu'ont fait depuis, disons 10 ans environ, qu'Internet est entré véritablement dans les usages quotidiens et marchands, ces acteurs enfermés dans des schémas et des certitudes dépassées du 20e siècle.
La fin des rentes
Raisonner encore et toujours en terme de gestion de ressources rares pour les services ou les biens dématérialisables, alors que le numérique invite à gérer une économie d'abondance, est un non sens (Internet recèle un vaste champs d'opportunités pour les auto-entrepreneurs apte aussi à se fédérer en réseaux collaboratifs et mutualisés).
Nous assistons progressivement à la fin des rentes de situations dans nombre de domaines et de secteurs. Une forme de
destruction créatrice au sens de Schumpeter.
En quoi les acteurs traditionnels et les autres formes d'activités individuelles existantes seraient-ils plus légitimes que des auto-entrepreneurs pour proposer des offres produits/services possiblement plus attractives. Ces nouveaux entrants sont aussi créateurs de richesse et pour les "auto-entrepreneurs "pures players" sur Internet, en phase avec
les nouveaux usages et le web 2.0. Il est plus que probable qu'ils seront en phase avec les attentes de leurs clients, eux même Internautes, "
digital natives", et autres...
Etre acteur de sa vie
Pour finir, rappelons-nous combien le discours du "deviens entrepreneur de ta vie", "deviens ce que tu es" a été répété à foison notamment par certains acteurs traditionnels (souvenons-nous de certains spots de publicité); de cette démarche l'auto-entrepreunariat en est une expression et une volonté d'agir par soi-même.
A la vue de certaines industries qui déclinent, de modèles économiques qui vacillent, de professions qui se demandent ce qu'elle vont devenir, de rentes de situations qui fondent comme neige au soleil, il est impérieux d'engager les remises en question.
Auto-modernité
Plus globalement l'auto-entrepreunariat est symptomatique de nouvelles conquêtes de libertés individuelles loin des centres traditionnels qui influençaient ou nous imposaient nos choix (choix d'une filière, d'un type d'entreprise, du salariat...).
La pensée "réseau / rhyzome" qui irrigue Internet commence à déborder dans la vie réelle et le centre est désormais partout et la périphérie nulle part.
En effet, les grands repères, masses (institutions, grands référents, représentations, méta-récits...) se disloquent et se fondent dans une soupe où chacun tente de surnager en créant son propre légo d'appoint, son espace un peu patchwork, un peu bricolage (loin des plans et mécaniques bien huilées du 20e siècle).
L'auto-entrepreunariat participe de ce mouvement que je nomme
auto-modernité qui est une quête par soi même: de sens, d'autonomie, de construction de ses propre projets, où la notion de progrès est une construction personnelle, éventuellement partagée et co-élaborer avec ses pairs mais non plus imposée d'en haut (mythe prométhéen du bonheur par le progrès scientifiques et techniques...).
Dépasser, les dépassés
L'impréparation, le manque d'anticipation quant à ces mutations est aussi de la responsabilité de nombre de décideurs, Politiques, experts patentés qui depuis des lustres ont regardés et regardent toujours passés les trains, en nous expliquant doctement ce qu'il faut penser et comment tout cela fonctionne; ils en savent si peu ou sont très mal entourés... mais c'est une autre histoire...
----
L'auto-entrepreneur, véritable révolution? Vous aussi, donnez votre avis et débattez de cette "Question de la rédaction" en publiant un billet sur le sujet! Plus d'infos
en cliquant ici.